ÉDLJC décrypte l’actualité - « L’hygiène au Moyen Âge »

Retour sur l’exposition « L’hygiène au Moyen Age » à la tour Jean sans Peur du 12 mars 2025 au 29 mars 2026
Un lieu d’exposition unique

L’exposition « L’hygiène au Moyen Âge » prend place dans un décor qui, à lui seul, vaut le détour : au sous-sol de la tour Jean sans Peur située rue Étienne Marcel, en plein Paris.

La tour doit son nom à Jean sans Peur (1371-1419), duc de Bourgogne à partir de 1407, un personnage pour le moins… tranchant, puisqu’il accède au pouvoir après l’assassinat de son cousin Louis d’Orléans. Désireux d’affirmer son autorité et son prestige, Jean sans Peur entreprend d’importants travaux entre 1409 et 1411 à l’hôtel de Bourgogne, propriété familiale depuis 1384. Il y fait notamment construire une impressionnante tour d’escalier, adossée à l’enceinte de Philippe Auguste (1190), afin de relier les nouveaux corps de bâtiments qu’il fait ériger.

Ouverte au public en 1999, la tour Jean sans Peur s’est depuis spécialisée dans les expositions consacrées à la vie quotidienne au Moyen Âge, valorisant de nouveau cette période qui souffre encore aujourd’hui d’une réputation peu flatteuse. Dès 2003, la tour accueille une première édition de « L’hygiène au Moyen Âge », s’éloignant volontairement des clichés et des idées reçues pour proposer une vision plus nuancée de cette époque.

Le Moyen Âge ne sentait pas toujours mauvais !

Les mêmes images surviennent lorsqu’on évoque le Moyen Âge : dents noires, corps sales, vêtements tachés et population vivant entre bêtes et insectes. Une vision bien éloignée de la réalité présentée dans cette exposition. Si l’eau courante n’existait pas encore, le désir de propreté, lui, était bien réel, aussi bien chez les nobles que chez les paysans.

Le ménage, par exemple, était effectué de manière irréprochable. Le lit n’est pas seulement fait tous les matins : les draps sont également lissés à l’aide d’un bâton afin d’éliminer tout pli. Les vêtements sont brossés, dégraissés puis soigneusement pliés. Le sol est balayé et nettoyé, les toiles d’araignée retirées et les textiles d’ameublement époussetés. Le ménage se termine par un raffinement supplémentaire : un parfum est appliqué dans les pièces des maisons nobles, l’odeur florale changeant en fonction des saisons.

Bains et rituels

Il existe différents types de bains au Moyen Âge. Le premier est le bain d’hygiène. Il est pratiqué dans des baignoires par le roi et dans des établissements publics en ville par le peuple, environ une fois tous les quinze jours selon certains contrats de travail. Certains métiers imposent même une propreté irréprochable : les vignerons, par exemple, doivent être propres avant de fouler le raisin.

Enluminure tirée de Valère Maxime, Dits et faits mémorables, 1450-1475, manuscrit, parchemin, 446 feuillets, folio 372

Le lavage des mains, quant à lui, est beaucoup plus fréquent, car étroitement lié au rituel du repas. Il a lieu avant et après manger, directement dans la pièce où se déroule le repas. L’hygiène est ici autant une question de santé que de bienséance.

À côté des bains d’hygiène, existent également des bains rituels, pratiqués notamment par les clercs avant de célébrer la messe. Le clerc est d’abord déshabillé par un serviteur puis immergé dans une baignoire.

Poils et séduction

Contrairement aux idées reçues, le soin du corps occupe une place importante dans la société médiévale. Les hommes se rendent régulièrement chez le barbier pour se faire raser barbe et moustache. Les femmes, quant à elles, utilisent la pince à épiler pour affiner leurs sourcils.

Dans l’aristocratie, le reste des poils est retiré à l’aide de pâtes dépilatoires, aussi bien chez les femmes que chez les hommes. La mauvaise haleine et la noirceur des dents étant particulièrement redoutées, des poudres dentifrices à base d’os de seiche réduits en poudre et de feuilles de menthe sont appliquées sur les dents à l’aide d’un morceau de lin humide.

La blancheur du teint, tout aussi valorisée que celle des dents, est obtenue grâce à du fard composé de poudre de nombril marin (petit coquillage blanc) ou de céruse de plomb, une pratique efficace mais malheureusement toxique. Le visage est ensuite contrasté avec du rouge appliqué sur les lèvres et les joues.

Les cheveux des femmes sont blondis et reçoivent des soins à base de blanc d’œuf afin de séduire, tandis que les hommes teignent leurs cheveux pour dissimuler les premières marques de vieillesse.

Peignage et épouillage. Le Secret des secrets, France, XVe s. Paris, BnF, ms Français 18145, folio 44

Les plantes, alliées indispensables de la propreté

Les plantes jouent un rôle essentiel à chaque étape du nettoyage. Elles sont utilisées pour le lavage des mains, les soins capillaires, la parfumerie domestique, mais aussi pour des usages plus… intimes, comme « s’essuyer le fondement ». Certaines plantes servent également à faire fuir les nuisibles : les feuilles d’aulne repoussent les puces, tandis que la fougère éloigne les mouches. Une solution naturelle et efficace !

La ville qui contraste…

Une idée reçue reste tout de même justifiée, celle de la saleté des villes. Les rues étroites, souvent en terre, deviennent rapidement boueuses à la moindre pluie, et les odeurs nauséabondes sont omniprésentes, provenant des déchets. Pour ne citer que quelques exemples : les matières fécales, les ordures, le sang des saignées, les cheveux coupés, les restes animaux des bouchers et les produits toxiques de la teinture sont déversés dans la rue. Cette image de la ville contraste fortement avec le soin et l’attention déployés à l’intérieur des foyers.

Une exposition loin des idées reçues

En déconstruisant les clichés et en mettant en lumière les pratiques d’hygiène médiévales, l’exposition « L’hygiène au Moyen Âge » offre un regard rafraîchissant sur une époque souvent caricaturée. Elle rappelle que le Moyen Âge était aussi un monde de gestes précis, de savoirs pratiques et d’un étonnant souci de propreté. 

Par Lola Dunyach, co-responsable commercial pour le mandat 25-26