
Le musée Alfred Danicourt, situé à Péronne et labellisé Musée de France, possède d’importantes collections archéologiques, allant de la Préhistoire au Moyen Âge, une riche collection de monnaies ainsi que des œuvres de beaux-arts. Profondément enraciné dans l’histoire régionale et marqué par les deux guerres mondiales, le musée met en avant un patrimoine local, mais aussi des collections héritées de son fondateur Charles Alfred Danicourt, grand collectionneur.
Le musée étant installé depuis 1877 dans l’hôtel de ville de Péronne, il fait l’objet d’une politique de rénovation menée par la Communauté de Communes de la Haute-Somme et la DRAC Hauts-de-France. En effet, le musée Alfred Danicourt intégrera le futur Pôle culturel de Péronne qui réunira le musée, un Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine (CIAP) et une médiathèque. Dans ce cadre-là, École du Louvre Junior Conseil a été missionné afin d’imaginer le nouveau parcours muséographique du musée, qui se veut dynamique et pédagogique.
Deux intervenantes en Master, sélectionnées et formées à la muséographie, se sont attelées à la création du parcours muséographique du futur musée, d’octobre 2025 à mars 2026. La mission étant particulièrement ambitieuse, de nombreux travaux intermédiaires ont été réalisés afin de créer un parcours cohérent et pertinent, en prenant en considération les retours du client et du personnel scientifique. Tout d’abord, les intervenantes se sont penchées sur l’histoire mouvementée du musée Alfred Danicourt et son positionnement dans le réseau muséal et artistique de la région pour penser le musée à plus large échelle et répondre aux politiques locales. Ensuite, les intervenantes ont proposé un synopsis muséographique, étape charnière dans la réalisation du parcours et qui sert aussi de trame pour la maîtrise d’œuvre chargée d’aménager le musée. Résultat d’une documentation fouillée, complétée par une visite du musée et des réserves, le synopsis définit l’articulation entre les parties « archéologie » et « beaux-arts », les thématiques abordées ou encore les premières suggestions de médiation.
Néanmoins, il reste un point central, peut-être le plus complexe mais aussi le plus excitant : la sélection des œuvres. Le sujet ne fut pas sans débat, entre les questions de valeur patrimoniale, de contextualisation, de conservation ou encore de sécurité. Les intervenantes ont également été amenées à trier et analyser les inventaires pour dresser un état des collections afin de faire des choix réfléchis au regard des collections. Revêtant la peau de conservatrices du patrimoine tout en se mettant à la place des visiteurs, les intervenantes ont su trouver l’équilibre entre discours scientifique, intérêt esthétique et pédagogie.
Au terme de cinq mois de réflexions, les intervenantes ont pu présenter le dossier finalisé du parcours muséographique, réalisé conjointement, qui détaille le parcours muséographique section par section, explicitant les objectifs et contenus scientifiques, les objets phares, les prérogatives de conservation préventive ou encore la scénographie imaginée. S’inspirant du musée d’Orsay, le parcours est pensé comme une déambulation libre entre les espaces, abolissant la frontière entre archéologie et beaux-arts. Un intérêt particulier a également été porté sur les dispositifs de médiation afin de permettre aux visiteurs de s’approprier les savoirs transmis par le musée. Cartels enfants, jeux, loupes ou encore salle d’écoute, permettront une visite dynamique et interactive, de quoi ravir petits et grands.
Si le parcours met à l’honneur l’histoire régionale et la ville de Péronne, les thématiques couvertes sont diversifiées et actuelles : l’identité sociale, l’histoire des collections, les hiérarchies sociales, la vie quotidienne, le statut d’artiste ou encore le genre. Le nouveau musée Alfred Danicourt renfermera également des œuvres exceptionnelles, tels qu’une eau-forte de Piranèse, une pièce en or de Vercingétorix, des tombes ou encore la Grande Bannière de Péronne.
Cette mission de muséographie constitue une véritable opportunité pour les étudiant.e.s de l’École du Louvre, leur permettant d’agir concrètement dans le secteur muséal en appréhendant toute sa complexité, entre conservation et médiation, tout en développant leur propre vision du musée de demain.
« La mission a été une expérience particulièrement enrichissante ! La refonte du parcours m’a permis de mobiliser un large éventail de compétences et de connaissances, tout en exprimant mon propre regard sur les modes d’exposition du mobilier archéologique » Chloé de Giacometti, intervenante.